Bel épilogue du cycle Portraits de châtelaines... à Andernos-les-Bains

 

Nous avons retrouvé ce 27 juin 2015 Louise-Françoise Le Mesle sous les voûtes de l’église Saint-Eloi, pour une ultime rencontre avec ces châtelaines qui, du Grand Siècle à l’époque des Lumières, traversèrent l’histoire de Lacanau, du Médoc et du Pays de Buch. Une nouvelle fois, nous l’avons suivie dans son voyage de la Grenade à son domaine d’Arès où elle mourut en 1787, et incontestablement, cette nouvelle présentation dans les lieux mêmes où elle reposa ajoutait à la magie de ce récit.

Si la conférence insistait sur le drame personnel vécu par cette créole, contrainte par les évènements du règne de Louis XV de laisser derrière elle, pour toujours, l’île de sa jeunesse, sa mère, ses sœurs, il s’agissait aussi de mettre l’accent sur l’étroite corrélation entre cette première partie de la vie de Louise-Françoise aux Antilles et l’acquisition de la terre d’Arès, qui fut bien « une ambition inachevée ». Ce qui se produisit à partir de 1775 dans la vie de Louise-Françoise est la continuation, la conséquence directe de son départ de la Grenade. Jeune veuve, véritable otage de ses acquéreurs Anglais, elle se laissa convaincre par un frère fidèle mais peut-être exalté de mener dans l’étendue de sa baronnie un grand projet, inspiré des idées physiocratiques, comparable aux tentatives avortées d’un Daniel Neser dans le captalat de Buch, d’un marquis de Civrac à Certes, ou d’un comte de Blangy en Sud-Médoc.

Ce faisant, le conférencier souhaitait une nouvelle fois démontrer qu’il est impossible d’écrire l’histoire d’un lieu sans s’attacher à la connaissance des hommes, et cette fois-ci des femmes, qui lui sont liés : des êtres humains qui n’agissent jamais par hasard, et ne surgissent pas brutalement, sans motif, sur le devant de la scène. C’est exactement la démarche que nous avons entamée à Castelnau en vue de faire revivre les demeures du centre historique, et cette approche de l’histoire locale lui redonne de la noblesse.

 

Les portes de l’église se sont rouvertes à la fin du voyage sur le Bassin d’Arcachon, spectacle que Louise-Françoise contempla mille fois en descendant la grande allée de sa maison d’Arès. Nous ne pouvions que nous la représenter, sur le rivage, songeant avec nostalgie à l’horizon lointain où se situait son île luxuriante et son habitation de la plaine.

 

L’histoire de l’achat de la baronnie d’Arès et des grands projets orchestrés par son jeune demi-frère, Marc-Antoine Dupleix, mérite d’être reconsidérée sous cet angle. Lorsqu’elle meurt dans sa 55e année, Louise-Françoise, étranglée par les dettes, incapable de s’acquitter des obligations contractées envers François de Belcier de Crain, vient d’être saisie. Après l’expulsion déguisée de la Grenade en 1765, elle va de nouveau tout perdre, et le rêve s’effondre. Faut-il en conclure, comme certains, que ces circonstances ont hâté sa fin ? Toujours est-il que cette mort pourrait être regardée comme une délivrance, car on se demande quel pauvre avenir pouvait dès lors la guetter.

 

En dévoilant la biographie de Louise-Françoise, dont le passé était totalement inconnu, nous avons voulu, comme pour Marianne de Verthamon, Pétronille de Largeteau, et Madeleine de Vignial, mettre en lumière des destins souvent émouvants, atypiques, malmenés, et parfois heureux. Toutes eurent un réel courage, une vraie personnalité, jouèrent un rôle déterminant dans leurs terres, et furent amoureuses d’une demeure : le Castéra, Issan, Loudenne, Arès. Regard intimiste, qui nous permet de considérer d’une toute autre manière ces quatre « dames seigneuresses », jusqu’alors de simples noms sur un parchemin.

 

Un très grand merci au public nombreux qui nous a accompagnés en ce printemps 2015 !